Chaque pas est un but

Il n’y a ni délai, ni chemin, ni pratique menant au Soi, pour la simple raison que ce Soi, cette Nature véritable, cet Être complet est déjà là. Infini, éternel, immuable, parfaitement intemporel.

A travers l’idée d’ « évolution spirituelle », l’on peut passer des journées, des mois, des années, des vies même à entretenir la croyance qu’il y aurait comme une sorte de progression, de rapprochement, de proximité croissante avec le Soi. Toutes les prières du monde, tous les mantras de la Terre, toutes les méditations envisageables ne rendront pas plus proche ce qui n’a jamais bougé, changé et qui, par essence, n’a ni commencement ni fin. A quoi bon tout ceci alors, pourra-­t­on dire ? Répondre à cette question depuis le centre de son cœur annihile la question-­même…

 

Toutes les pratiques dites spirituelles auxquelles l’on s’adonne pourront, certes, modifier la personne que l’on croit être, en la rendant probablement plus lisse, plus douce, plus généreuse, plus équilibrée, plus confiante ou plus paisible. Pour autant, elle ne sera jamais le « Soi ». Jamais. Elle ne sera jamais cet état originel qu’elle dit chercher à investir en elle ou à rejoindre par l’effort, la volonté, la dévotion, la relaxation ou la concentration. Elle commentera ses progrès, ses compréhensions, ses guérisons, ses libérations, ses ouvertures et se croira de plus en plus proche du but : être le Soi, c’est-­à­-dire « être » tout court. Sauf que cette personne, cette construction illusoire faite de conditionnements, d’attachements, d’identifications, de désirs, de jugements, d’attentes, de croyances, cette structure provisoire pétrie d’émotions et de schémas mentaux limitants a un commencement et une fin. Elle est périssable, vulnérable, temporelle et vouée à retourner à la Terre. Elle a donc beau chercher à se dissimuler derrière le voile d’un présumé cheminement spirituel parsemé d’étapes, de sauts quantiques, de révolutions intérieures et autres concepts rassurants pour l’ego, indéniablement, le Soi est déjà là. Partout, en tout, tout le temps, en dedans et au dehors, en haut et en bas, au-delà de tout repère, de tout dogme, de toute forme, de toute expérience sensorielle ou extra­sensorielle. C’est en cela qu’il est dit qu’il n’y a résolument rien à faire.

 

Une expérience « extra­sensorielle », aussi intense, vibrante ou colorée puisse-­t-­elle paraître, n’est jamais qu’une expérience de la personne qui, par le biais de la conscience se déployant en elle, est témoin de quelque « chose ». On ne peut à la fois observer quelque chose et être ce que l’on observe. Penser que « voir » dans ce que l’on nomme « l’invisible » est signe d’élévation spirituelle constitue une estrade sur laquelle l’ego aime s’établir et se contempler. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on voit la montagne que, pour autant, on l’a gravie, ni même que l’on est en capacité d’en entreprendre l’ascension… On la voit, c’est tout. Et après ? Tant que l’on est encore enclin à commenter cet Amour, cette plénitude et cette vacuité que l’on aurait soi-­même prétendument touchés, c’est qu’on en est séparé, distant. C’est qu’on est encore en train d’observer le sommet de cette même montagne.

 

Chaque pas est un but. Chaque respiration, chaque pulsation, chaque renoncement, chaque mot, chaque rencontre, chaque circonstance, chaque événement est un pas dont le but ne peut être que le Soi. Tant que l’on croit à un chemin, à un délai, à un processus, les pas effectués resteront effectivement des étapes, des marches, des avancées vers quelque chose qui, en vérité, n’est à aucune distance, ni dans le temps ni dans l’espace. On voit ce que l’on croit… On croira alors en une amélioration, en un allègement, en un accroissement, en une guérison, en une ouverture etc. Qui s’améliore ? Qui s’allège ? Qui s’accroît ? Qui guérit ? Qui s’ouvre ? Le Soi éternel ou la personne qui fait mine de vouloir fusionner avec la pure Conscience jusqu’à se dissoudre en elle ? L’ego, armé de son instinct de survie, met tout en œuvre pour entretenir la croyance qu’il y a encore fort à faire ­ ou simplement à faire – pour que le Soi puisse se manifester. Savoir le démasquer dans cet habile subterfuge est un atout essentiel…

 

Étant déjà intrinsèquement ce que nous cherchons tant à devenir, chaque « pas » de notre conscience effectuée en elle-­même, en dehors du cadre enfermant de la personne, est une possible réalisation de cette totale absence d’empêchement à « être ».

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English version :

Every step is a goal

There is no delay, no path, no exercise that leads to Self, for a simple reason that Self, our true Nature, our complete Being, is already here: infinite, eternal, unmovable, perfectly timeless.

The idea of “spiritual evolution” can lead us to spend days, months, years, even whole lives maintaining the belief that there is some sort of progression, approach, growing proximity to Self. Neither prayers that exist in this world nor any mantras on this Earth nor any possible meditation practices will bring us closer to something that has never moved, changed and that, in its essence, has no beginning or end. One can ask then, what is the use of it all? By seeking the answer to this question in the depths of one’s heart destroys the question in it of itself…

All spiritual practices to which we adhere can of course modify the person that we believe to be by making us smoother, gentler, kinder, calmer or more balanced. But, this person will never be the “Self”. Never. This person will never reach the original state that they claim to search for, to invest in, or to meet through effort, will power, devotion, relaxation or concentration. They will comment on their progress,  their comprehensions, their recoveries, their liberations, their discoveries and they will believe that they are moving closer and closer to the goal that is to be Self, or in simpler words just “to be”. Except that this person, this illusory construct made out of conditioning, attachments, identifications, desires, judgments, expectations, beliefs; this temporary structure full of emotions and limiting mental schemas has a beginning and an end. This structure is perishable, vulnerable, temporary and must return to Earth.  This person, therefore, can try to hide behind a veil of spiritual evolution that consists of corner stones, quantum leaps, interior revolutions and other concepts that re-assure the ego, but undeniably the Self is already here. Everywhere, in everything, at all times, inside and out, below and above, beyond any logical concepts, any dogmas, any forms, any sensory or extrasensory experience. This is why it is said that there is absolutely nothing left to do.

An “extra sensory” experience,  no matter how intense, vibrant or vivid, isn’t anything other than just another experience of a person who, through the process of consciousness unfolding within, is a witness of some “thing” or other. We cannot simultaneously observe and be that which we observe. The belief that “to see” what we call the “invisible” is a sign of spiritual elevation is nothing more than a stage on which the ego enjoys contemplating itself. However, it is not because we see a mountain that we need to climb it, nor does it mean that we have the capacity to undertake such an ascension… We see it, that’s it. And then what? As long as we are still inclined to comment on Love, plenitude and emptiness that we have supposedly touched means that we are still separate, distant. It means that we are still observing the mountain’s summit.

Every step is a goal in it of itself. Every respiration, every pulsation, every renunciation, every word, every encounter, every circumstance, every event is a step whose purpose cannot be anything other than the Self. As long as we believe in a pathway, a delay, a process, the effectuated steps will effectively stay as steps, stairs, progress toward something that actually has no distance, neither in time or space. We see that which we believe… We will believe then in improvement, in alleviation, in growth, in recovery, in discoveries, etc. Who is improved? Who is alleviated? Who is growing? Who is healed? Who is discovered? The eternal Self or the person who pretends to want to fuse with pure Consciousness to the point of complete dissipation in it? Ego, armed with its survival instinct, does all in its power to maintain the belief that there is still a lot to be done, or at least that something must be done so that the Self can manifest itself. To know how to unmask the Ego in its subtle ploy is an essential skill…

Since we are already intrinsically that which we seek so much to become, every “step” that our consciousness takes within itself, outside of our own closed framework, is a possible realization of the total absence of obstacles to our “being”.

Traduction : Eva Alteirac