L’abondance

L’abondance est un état qui n’est aucunement lié à des possessions matérielles. Elle est une certitude que la Source pourvoit à chaque instant au besoin de ses enfants, quelle que soit la forme que cela emprunte. Il est évidemment tentant, pour beaucoup, de corréler argent et abondance. Cela est une erreur d’appréciation. Une personne riche n’est pas nécessairement celle qui détient une grosse somme d’argent, mais celle qui sait qu’elle ne pourra jamais éprouver le manque. La sensation d’abondance est ainsi une conséquence directe de la foi. Elle n’a nul besoin de preuves qui se thésaurisent ni d’être étayée par la détention de biens particuliers. À ce titre, il est à remarquer que la langue française emploie le même terme – détention – pour désigner la possession et l’enfermement. Ce qui est détenu est ce qui est enfermé. L’état d’abondance est liberté. Il est connaissance de la subtile substance qui précède à toute manifestation physique. Cela ne veut pas dire, a contrario, qu’il faille ne rien posséder ou bien, encore, que le dénuement serait signe d’élévation spirituelle. Il s’agit plutôt d’être riche de soi et de regarder la peur de manquer pour ce qu’elle est : une folie de l’ego, l’un des plus funestes effets de la croyance en la séparation originelle.
Combien d’êtres, en ce monde, consacrent le plus clair de leur existence à simplement tenter de subvenir à leurs besoins immédiats ? Combien sont-ils, ce faisant, à ne compter que sur eux-mêmes ? « Rien ne tombe du Ciel », s’acharnent-ils à répéter depuis des siècles…
Certains, par ailleurs, estiment « anormales » les sommes d’argent que d’autres reçoivent dans leurs activités professionnelles. Il serait même question d’injustice, voire d’indécence. Que choisissent-ils de voir ici ? Qui fixe le seuil d’acceptation de la richesse ? Qui détermine le montant qui serait, en la circonstance, tolérable? Tout cela n’a aucun sens. D’une part – sauf dans un système qui serait complètement fermé – spolier l’un n’a jamais enrichi l’autre. D’autre part, le choix d’un nivellement par le bas est le choix du manque qui, lui-même, engendre la pénurie.
Lorsqu’il est jugé que certains gagnent trop ou trop facilement, il est, de fait, déclaré que l’abondance ne peut venir à soi que par l’effort et, surtout, en de petites quantités. Ce choix de vision est toujours retourné contre soi. La colère ou la rancœur que certains éprouvent lors de l’observation de signes extérieurs de richesse doit les renseigner sur leur propre rapport à l’idée d’abondance. Dès lors qu’il est fait mention de mérite, de décence, c’est le chemin qu’emprunte la Source pour se manifester qui est jugé. Dès lors que la richesse des uns est vue comme inacceptable, c’est l’expression de la Source qui est jugée. Dès lors que l’humain croit qu’il est de son ressort de répartir les richesses, il trébuche sur ses propres limitations, ses peurs, ses frustrations, sa vision rétrécie de l’abondance et son ignorance profonde des lois divines. Quand il croit qu’il lui revient le devoir de redistribuer ce qui, en vérité, émane de l’infinitude divine, il se coupe de l’abondance. Dès lors qu’il tente de contingenter, avec son code moral et ses principes d’équité, ce qui n’a ni commencement ni fin, il s’enferme dans un processus de restriction.
L’argent n’est qu’un symbole. Que vaut une grande fortune lorsque l’on est atteint par une maladie « grave » ? C’est un détail sur lequel beaucoup focalisent pourtant leur attention, au détriment de la multitude de formes que prend l’abondance pour se manifester en ce monde – santé, liberté, espace, douceur, confort, temps, partage, joie, etc. Porter tous ses désirs sur cet aspect est un excellent moyen de s’en priver et de se rendre aveugle, en outre, à ce qui est sans cesse donné, sans contrepartie, sans limite, pour qui veut bien accepter de se souvenir de ce droit inaliénable à être pourvu, soutenu, choyé, nourri en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance.

Gregory Mutombo