Une place dans le monde

Beaucoup s’estiment en sécurité du fait de disposer d’une place dans le monde, à travers un poste, une fonction, un rôle, un métier ou une activité. Bien d’autres, à l’inverse, se sentent frustrés de ne pas en trouver, se voyant en marge de ce qui est communément appelé « la société ». Ce sentiment d’exclusion, de mise à l’écart ou de bannissement se manifeste ainsi au sein d’une illusion première de séparation, amplifiant la douleur existentielle. C’est un peu comme recevoir une double peine. Puissions-nous ainsi concevoir que derrière cette aspiration, cette ambition à exister à tout prix aux yeux du monde se cache un désir infiniment plus vrai, celui du cœur, de vivre l’unité, d’être ensemble…
Tant que nous cherchons notre place à l’extérieur, c’est au détriment de la rencontre avec notre espace intérieur. Tant que nous nous identifions à notre place, notre fonction – jusqu’à la défendre en luttant contre tous nos concurrents potentiels -, nous résistons avec force à l’appel de notre identité véritable. Combien de parents se déclarent ainsi soulagés que leur progéniture soit « casée », « employée », « embauchée », alors même que le salaire qui leur est versé ne leur sert qu’à se procurer l’énergie nécessaire pour se maintenir dans ledit emploi ? « Oui, c’est bien joli, ces histoires de Soi, mais il faut quand même reconnaître qu’on vit dans un monde où on n’existe que par la profession exercée ! » s’exclameront peut-être certains… C’est à la fois une ineptie et l’expérience directe d’un très grand nombre. En effet, à la question « que fais-tu dans la vie ? », la majorité répond « je suis médecin, plombier, professeur, etc. ». Alors que la question ne porte que sur une action ponctuellement produite, la réponse enferme l’être tout entier dans une boîte : « je suis ce que je fais ». Nous sommes habitués, dès l’enfance, à confondre ce que nous sommes avec ce que nous faisons et, ce faisant, à nous résumer aux gestes de notre corps. Ainsi, nombreux sont ceux, rencontrant des personnes qui n’apprécient pas ce qu’ils « font », à commettre l’erreur de croire qu’elles n’aiment pas ce qu’ils sont. Ces êtres prennent personnellement les critiques portant sur leur « action » car ils ont fréquemment appris à faire dépendre leur amour-propre de la valeur accordée à ce qu’ils accomplissent.


Gregory Mutombo – Extrait de « Le Feu de l’Esprit »