Discernement et « faux » prophètes

La vigilance, cette subtile tension au cœur de la conscience, doit toujours s’exercer. Évidemment, vis-à-vis de nous-mêmes mais aussi à l’égard de ceux qui s’annoncent réalisés, éveillés, libérés, maîtres, gourous, guérisseurs, guides, etc. Vigilance n’est pas suspicion ni méfiance. La vigilance est un attribut de l’amour qui prend soin. C’est la main qui tient le jeune enfant apprenant à marcher.
Il n’y a pas à juger ni condamner celles et ceux dont les discours sont factices, les « faux » prophètes, les vendeurs de rêves, les entrepreneurs du bien-être et autres commerçants spirituels. Ils ont leur utilité. L’époque est propice à l’émergence d’un grand nombre d’êtres qui proposent en vitrine de la joie, de la paix, de l’amour, du « bonheur » mais dont l’arrière-boutique ne contient que peur, mensonge, doute, cupidité, manipulation, ambition personnelle et besoin de reconnaissance. Ces personnalités sont aussi la création de tous et participent, à leur manière, à l’éveil des consciences, en obligeant chacun à affiner son discernement par le ressenti et l’expérience.
Il ne s’agit plus de croire quiconque sur parole, de se laisser emporter par la qualité du spectacle, l’euphorie collective ou le volume des applaudissements. Le discernement sert à percevoir la cohérence entre les discours tenus et la vibration qui les sous-tend. Le temps des prélats qui prônaient l’ascèse et la chasteté tout en se vautrant dans l’or et la luxure ne sera révolu que si, en nous-mêmes, nous sommes complètement honnêtes quant à nos désirs : sont-ils expression des carences de notre ego ou bien écho de notre inextinguible aspiration à la complétude ?

Le discernement permet de séparer le bon grain de l’ivraie. Il est un glaive de vérité élaguant peu à peu toutes les tourelles d’illusion. Il est donc utile – mais non nécessaire – que se manifeste en ce monde la légion des marchands de miracles et de réussite individuelle afin que la clarté soit retrouvée par chacun et que cette clarté démasque avec joie le défaut de congruence entre les mots et la pensée de tous ceux qui, opportunément, se seront déclarés missionnés des cieux, investis d’un pouvoir particulier, habités d’une connaissance exclusive ou détenteurs jaloux d’une quelconque clé. Les masques qui tomberont soulageront à la fois ceux qui auront sifflé la fin du jeu et ceux qui, depuis des éons, les portaient. Tous, alors, se hisseront à l’étape suivante, celle de l’union dans l’amour vrai, dans le partage réel.

Gregory Mutombo – Extrait de « le Feu de l’Esprit » (Éd. Trédaniel)