La mission de vie

A chaque seconde d’existence, nous créons, ensemble, toutes nos expériences. Nos vibrations s’entrecroisent, se fondent les unes dans les autres, s’adjoignent, s’entrechoquent, s’additionnent. L’idée de l’action isolée, de la création solitaire est ainsi une illusion de l’ego qui se croit souvent en train de faire quelque chose de particulier, de produire une action « dans son coin » demandant à être commentée, mise en lumière, séparée dans le temps et rapportée à un auteur précis.
La mission de vie ne peut donc se concevoir par la description d’actions particulières mises les unes après les autres. Ce ne sont là que des conséquences d’un état créateur propre à chaque humain.
La mission de vie, en tant qu’expression instantanée d’une individualité incarnée, est aussi fluide que le vent et impermanente qu’un nuage. L’ego cherche pourtant à faire de cette « mission » un métier ou une action particulièrement définie et, surtout, reconnue par autrui. L’ego, dans sa version « spirituelle », a d’ailleurs souvent tendance à regarder avec condescendance certaines activités professionnelles, estimées trop profanes ou matérialistes, oubliant au passage qu’elles lui permettent, par leur existence, de réaliser la sienne…
Toutes les formes d’expression choisies par les uns et les autres sont connectées entre elles. Il n’existe aucune séparation entre quoi que ce soit. Juger l’unicité d’autrui, à travers sa mission de vie ou ses actions descriptibles revient à se priver d’un aspect de sa propre unicité.
Il n’y a ni bonne ni mauvaise mission de vie. Il n’y a que l’expression de choix individuels, émanant du libre arbitre dont chacun peut user à sa guise. Le choix d’un seul modifie nécessairement la mission de tous. Plus nous honorons notre propre inspiration, dans le respect le plus total de l’expérience des autres, plus nous devenons inspirants. Si nous jugeons les choix de vie d’autrui et nous permettons d’en commenter avec arrogance les détails, nous devenons des « expirants», c’est-à-dire des non-vivants.

Gregory Mutombo