Libre arbitre et liberté

Observant que, dès lors que nous nous mettons à arbitrer – donc à distinguer deux « camps » ou adversaires, à désigner un vainqueur, un perdant, à déterminer la meilleure ou moins mauvaise route -, nous nous enfermons dans un jugement qui est un voile nous cachant la véritable nature des choses, il est à concevoir que l’idée de libre arbitre est intimement associée à celle de séparation. S’il n’y a plus de séparation, il n’y a plus rien à arbitrer. À moins d’estimer que ce que nous appelons « liberté » résiderait dans la capacité de juger, liberté et arbitrage ne peuvent se marier, étant tout simplement inconciliables par essence.

Celui qui juge est celui qui ne voit pas. Celui qui juge est celui qui est emmuré dans son ignorance. Celui qui juge oublie qu’il se juge lui-même. Plus nous voulons disposer de libre arbitre, croyant y percevoir la caractéristique fondamentale de notre liberté, moins nous faisons l’expérience de la vraie liberté.

Alors, certes, nous disposons, en tant qu’êtres incarnés, de cette faculté d’arbitrage. Celle-ci pourrait être définie comme l’aptitude à porter un jugement de valeur sur ce qui vient à soi ou en soi et à en faire découler telle ou telle action, indépendamment de toute influence ou force extérieure. Or, les contradicteurs internes (peurs primales, pulsions, instincts, conditionnements, etc.), fruits de cet acharnement à sans cesse arbitrer les choses, constituent une influence d’une considérable puissance, immensément sous-estimée. Cela signifie donc que le libre arbitre n’est, en réalité, que la possibilité laissée à l’humain de choisir d’oublier ou de nier son essence originelle, sa nature divine. Elle n’est certainement pas celle d’accomplir librement telle action plutôt que telle autre car le mental-ego, instrument de ce supposé choix, est une somme à ce point complexe de dédales, de circonvolutions et de sinuosités qu’il en devient lui-même son propre geôlier.

Le concept de libre arbitre n’a ainsi de sens que pour ceux qui veulent vivre leur vie. Il s’efface pour ceux qui, enfin libres, vivent la Vie.

Gregory Mutombo