Suivre le guide ou ses indications ?

Un guide donne des indications. Il n’est pas celui qui accomplit à la place de l’autre. Ses indications, souvent très éloignées des habitudes et modes de fonctionnement de l’ego, peuvent sembler contraignantes, dangereuses, dures, sévères, incompréhensibles, saugrenues, perturbantes ou, à l’inverse, bien trop simples. Cependant, elles aident à démasquer la cause véritable de l’inconfort, qui n’est certainement pas dans les mots prononcés, mais dans le maintien d’une posture, la défense d’une identité, l’attachement à des idées et la dissimulation de réservoirs émotionnels. Beaucoup partent ainsi en courant, au prétexte que tel « guide » n’était pas le bon, oubliant au passage que rien ne peut apparaître dans le champ expérimental qui ne soit la conséquence d’une volonté de le voir, de le vivre et de l’appréhender avec la conscience.
Un guide n’est pas un ami, au sens commun du terme, ni un camarade de jeu avec lequel on passerait un moment de convivialité entre deux journées de travail. Sa seule présence peut incommoder, par l’intensité de ce qu’elle éclaire dans les replis du personnage – du masque – auquel beaucoup s’accrochent comme au plus précieux trésor. C’est en cela qu’un guide n’a pas vocation à accompagner durant de longues années. Cela n’aurait aucun sens et ne correspondrait qu’au report d’une habitude, d’une routine sur une autre.
Qu’il puisse exister une sorte de délai incompressible entre le début de la rencontre et l’impulsion à mettre en pratique les indications du guide est tout à fait envisageable. En revanche, s’asseoir à l’identique pendant une ou deux décennies aux pieds de tel « maître » et, en outre, s’enorgueillir de cette longévité, relève juste de la résistance égotique. Certes, cet écueil rentre parfois en résonance avec l’acharnement de certains « guides » à fidéliser leur auditoire, alors que, à titre de comparaison, aucun maître d’école honorant cette appellation n’évaluerait l’efficience de ses indications par la persistance, années après années, des mêmes visages dans sa classe…

Gregory Mutombo – Extrait de « Le Feu de l’Esprit » (Éd. Trédaniel)