Compétitions

De la comparaison naît la compétition, en raison des avantages dont paraissent bénéficier ceux qui font la course en tête. Autant il peut y avoir comparaison sans compétition, autant l’inverse est impossible.

La frontière entre émulation – saine en tant que telle – et compétition peut sembler fine mais, en réalité, ces deux sentiments ne sont pas issus du même « espace ».

Dès les premiers regards sur ses semblables, le petit enfant aspire à se redresser, se lever et marcher avec eux. Il s’agit d’une sorte d’inspiration par l’exemple, où le modèle est vu comme une invitation à puiser en soi une force identique dans son origine mais différente dans son expression. L’émulation permet de rejoindre l’autre, de marcher ensemble, chacun dans le respect de son propre rythme. Elle n’est pas marcher comme, devant ou derrière l’autre, dans ses pas ou son ombre mais marcher avec l’autre. Ceci est l’émulation et elle émane d’un espace de joie, de paix et de partage.

La compétition écrase l’émulation, par la croyance qu’il faut dépasser l’autre. Ce faisant, la marche devient forcée, contrainte, tendue, suspicieuse et contrôlée. La cadence n’est plus donnée par une respiration commune mais par le désir d’être toujours devant, c’est-à-dire par un effort concentré sur l’idée de maintenir une séparation ou une distance entre soi et l’autre – par le classement, la vitesse, le prestige, la quantité, le volume, etc. L’émulation repose ainsi sur l’inclusion quand la compétition s’établit sur l’exclusion.

La compétition, telle que présentée ici, nie l’unicité. Elle concentre l’idée de valeur, d’intérêt et de qualité sur ceux qui gagnent, dominent, convainquent en masse, emportent l’adhésion ou vont apparemment le plus vite. L’histoire humaine est jonchée d’exemples où les premiers, les plus grands, les plus loquaces, les leaders, les champions ont conduit des foules vers le chaos. Est-ce que le fait qu’un objet soit le plus vendu ou le plus convoité en fait celui dont nous avons réellement besoin ? Qui n’a jamais perdu son discernement en obéissant aveuglement à la tyrannie du succès du moment, d’un effet de mode ou de la chose réputée indispensable bien que passablement futile ?

Voir l’emprisonnement de ce qui, en nous, se plie sans cesse à cette compétition pour plaire, apparaître, briller, exister ou être vu permet de se libérer de cette addiction aux choses à « absolument » voir, lire, posséder, entendre pour être « dans le coup », ne pas se sentir à l’écart, vivre la même expérience que les autres, etc.

Le grand paradoxe est que plus nous voulons rester dans la compétition, plus nous nous maintenons isolés les uns des autres et donc, à l’écart.

Gregory Mutombo